IPESUP analyse pour vous la toute nouvelle réforme 2019 du Concours PASSERELLE, annoncée cette semaine. A partir de l’édition 2019, plusieurs bouleversements transforment le visage du concours. Dès octobre 2018, IPESUP adapte naturellement tous ses supports de cours en conséquence. Retrouvez nos formations aux concours d’admissions parallèles Passerelle et Tremplin sur cette page.

Le premier concours de l’enseignement supérieur à être entièrement digitalisé

La première modification d’envergure est la digitalisation complète du concours. Après un premier test réussi l’an dernier sur l’épreuve d’anglais, PASSERELLE devient ainsi le premier concours de l’enseignement supérieur français à digitaliser entièrement ses épreuves.

 

En pratique, comment ça marche ? L’étudiant.e doit télécharger l’application “Test We” sur son ordinateur portable à la maison, et se créer un compte. Il ou elle a la possibilité d’effectuer quelques tests d’entraînement sur la plateforme, afin de vérifier que tout fonctionne bien techniquement. Le jour du concours, l’étudiant.e doit se rendre sur le site du concours avec son ordinateur. Penser à se munir de son chargeur d’ordinateur sur place et d’arriver avec un ordinateur pleinement chargé ! Le sujet de chaque épreuve est disponible sur la plateforme au même moment pour tous les candidats, dans un environnement sécurisé qui coupe toute connexion à internet et tout accès à d’autres ressources sur l’ordinateur.

La synthèse est morte, vive la “Compréhension, Expression, Synthèse”

Premier changement, la suppression de l’épreuve de synthèse de textes au profit d’une épreuve originale intitulée “Compréhension, Expression, Synthèse“. Jusqu’à présent, l’épreuve de synthèse PASSERELLE consistait en une note de synthèse de deux heures. A partir d’une douzaine de documents, l’étudiant devait produire une synthèse avec quelques caractéristiques bien spécifiques. Au menu d’une bonne copie : une brève introduction comportant accroche, problématique et annonce de plan ; puis un développement comprenant un plan en deux parties avec des titres et sous-titres soulignés (I.A, I.B / II.A, II.B) ; des références aux documents assez simples (“doc. 4, doc. 5”) et enfin : pas de conclusion. La question sous-jacente (problématique) était donnée dans l’énoncé. Au total, il s’agissait d’une épreuve plutôt accessible et classique.

 

La nouvelle épreuve de “Compréhension, Expression, Synthèse” aura, comme l’ancienne synthèse, une durée de 2 heures.  L’épreuve comportera désormais 3 parties, évaluant tour à tour : (i) la compréhension de texte ; (ii) la construction linguistique et (iii) la capacité de synthèse des candidats. Le concours PASSERELLE devrait mettre en ligne dans les prochaines semaines des exemples de sujets “zéro” permettant aux candidats d’y voir un peu plus clair. On peut dès à présent alerter les candidats sur la difficulté de la gestion du temps : alors que pour les éditions précédentes, le ou la candidate disposait de 2 heures pour effectuer une synthèse, il ou elle devra désormais mobiliser deux heures pour effectuer trois sous-épreuves !

La disparition des tests TAGE 2™ et TAGE MAGE™… un mirage ?

Ce qui pourrait apparaître comme la plus grande nouveauté du concours, la suppression totale des tests TAGE 2™ et TAGE MAGE™, peut en fait être relativisé. Pourquoi ? Pour commencer, les Écoles du concours PASSERELLE utilisaient ces tests (TAGE 2™ pour les Bac +2 et TAGE MAGE™ pour les Bac +3), mais elles y affectaient, on le sait, un coefficient très faible. A titre d’exemple, Grenoble EM attribuait seulement un coefficient 2 au test TAGE™, contre des coefficients 6 pour l’anglais, 10 pour la synthèse et 12 pour l’épreuve d’option ! Le TAGE™ comptait donc pour seulement 1/15ème des points de l’admissibilité (6,7 % de la note seulement). Sa suppression ne devrait donc pas changer grand-chose au fond au classement des candidats.

 

Si l’on analyse de près les évolutions du concours, on se rend compte que pour les Bac +2, le test TAGE 2™ ne disparaît pas complètement. Il serait sans doute plus juste de parler de ré-agencement de l’épreuve. En effet, parmi les six sous-tests du TAGE 2™, deux d’entre eux : Paratexte et Lexiphrase sont destinés à tester les capacités verbales des étudiants. Cette partie verbale, la plus importante, comptait pour 43 % de la note. Or, vous aurez noté que la nouvelle épreuve littéraire du concours PASSERELLE comporte désormais trois parties : “Compréhension”, “Expression”, et “Synthèse”. La partie “Expression” de la nouvelle épreuve sera largement analogue au sous-test Lexiphrase du TAGE 2™, et la partie “Compréhension” du sous-test Paratexte.

 

Pour les Bac +3, le transfert de la partie verbale du test TAGE MAGE™ vers l’épreuve littéraire est encore plus flagrant. Les sous-tests 1 (Compréhension de texte) et 5 (Expression) du TAGE MAGE™ portent exactement les mêmes intitulés que les deux premières parties de la nouvelle épreuve de Compréhension, Expression, Synthèse.

 

Mieux, la nouvelle épreuve de “Compréhension, Expression, Synthèse” est co-conçue à la fois par l’EM Grenoble et par la FNEGE, le même organisme que celui qui édite les tests TAGE 2™ et TAGE MAGE™. Inutile d’être grand clerc pour deviner que cette nouvelle épreuve testera, au fond, les mêmes compétences verbales et lexicales que les sous-tests “paratexte” et “lexiphrase” du TAGE 2™.

 

Quid des parties numériques (Calcul, Conditions minimales) des tests ? Elles se retrouveront inévitablement dans l’épreuve “calcul et raisonnement”, mais cette épreuve devient optionnelle. C’est une bonne nouvelle pour les candidats peu versés dans les mécanismes mathématiques, car cela leur permet de disposer de plus de temps pour préparer les autres épreuves. La partie de logique inductive (spatiale et alphanumérique) disparaît en revanche complètement.

 

Que les étudiants ne se réjouissent pas trop vite toutefois de la suppression des tests. Rares sont les candidats à s’intéresser uniquement au concours PASSERELLE, et les concours TREMPLIN 1 et 2 ont confirmé qu’ils continuerait à utiliser ces tests standardisés, et il en est de même pour les autres concours : SKEMA AST 1 & 2, TBS L3 et M1, HEC Admission parallèle, ESSEC AST, ESCP CAD, EM Lyon AST et EDHEC AST 2.

L’épreuve d’anglais raccourcie à 1h15

Troisième évolution, le raccourcissement à 1h15 de l’épreuve d’anglais. Il s’agit là d’une évolution mineure dans la mesure où la durée de l’épreuve n’est réduite que de 15 minutes. Rappelons que l’épreuve d’anglais PASSERELLE avait déjà été digitalisée (avec succès !) en 2018.

Les épreuves spécifiques bouleversées

Le changement le plus important pour les candidats est sans doute le quatrième, à savoir la réduction à 12 (au lieu de 16) des épreuves d’options, mais surtout le raccourcissement à 45 minutes, au lieu de 2 heures, de l’épreuve !

 

Les épreuves changent également de nom et donc de nature. Par exemple l’épreuve de gestion s’intitule désormais gestion-comptabilité. L’épreuve de mathématiques devient une épreuve de calcul-raisonnement. La philosophie disparaît au profit d’une épreuve unique de littérature. L’épreuve d’économie, de facture auparavant très classique, devient une épreuve de culture économique. Plus surprenant, le concours Passerelle conserve des épreuves originales comme management d’une entreprise d’hôtellerie-restauration ou gestion de projet. L’épreuve de créativité est en revanche supprimée, ainsi que la biologie.

Quelques réflexions sur cette réforme

Vers une digitalisation du test TAGE 2™ et TAGE MAGE™ dès 2019 ?

A n’en pas douter, si la FNEGE co-conçoit la nouvelle épreuve mixte qui sera passée par les candidats sur ordinateur, une réflexion est en cours sur la digitalisation des tests TAGE 2 et TAGE MAGE eux-mêmes. Il faut s’attendre à ce que la FNEGE annonce, à plus ou moins brève échéance, la digitalisation complète des tests. Ce serait dans l’ordre des choses : les tests sont déjà standardisés, leur correction est déjà automatisée par lecture optique des grilles, mais tout cela crée une certaine logistique… dès lors que la digitalisation des concours sera entrée dans les moeurs, il n’y aura plus qu’un pas à franchir pour digitaliser entièrement les tests. La seule vraie question est : à partir de quand une telle réforme aura-t-elle lieu : dès 2019 ? en 2020 ?

Le numérique contre l’académique ?

On peut parler à la fois de simplification des épreuves écrites, et en même temps d’adaptation des épreuves aux contraintes du numérique. Cette adaptation soulève la question suivante : le déferlement du numérique dans l’enseignement supérieur doit-il commander la simplification des épreuves, ou est-ce le numérique qui doit s’adapter aux exigences académiques ? La disparition de l’épreuve de biologie semble malheureusement devoir répondre à la première logique : intuitivement, il ne paraît pas simple de dessiner une cellule sur ordinateur ; quant aux mathématiques pures, leur rédaction en langage mathématiques (Wordmath, Latex) n’est pas triviale pour les non-initiés. La digitalisation du concours conduit inévitablement à la suppression d’épreuves académiques. La réduction du temps consacré à l’épreuve d’option va aussi dans le sens de la simplification.

 

Faut-il s’en réjouir, le QCM étant moins discriminant socialement que les épreuves écrites, ou au contraire s’en émouvoir ? Quoi qu’il en soit, ce mouvement fait écho à l’évolution des concours d’admissions parallèles ces dernières années. Rappelons qu’il y a encore 5 ans, pour entrer à HEC en admission parallèle on avait droit à une épreuve de 4 heures de Macro- ou Micro-économie à l’écrit, à une épreuve de Droit difficile, ou encore à une épreuve de Mathématiques se fondant sur le programme de L3, c’est-à-dire un niveau supérieur à celui des classes préparatoires. L’oral d’HEC comportait une épreuve d’humanités (programme : les arts, les sciences, les lettres, la philosophie du 16ème au 20ème siècle), une épreuve de mathématiques ou de logique, un triptyque, une épreuve d’anglais de haut niveau… que reste-t-il aujourd’hui de tout cela ? Un dossier avec une lettre de motivation, des tests TAGE MAGE™ et TOEIC™, et un simple entretien de motivation en anglais. Sciences Po a participé au mouvement puisque l’institut a, pour l’entrée au Master, supprimé ses trois épreuves au profit d’une épreuve de synthèse, avant de faire disparaître la synthèse de textes l’an dernier. Même chose pour l’EM Lyon dont la dissertation sur documents a disparu. Qu’on l’approuve ou qu’on le déplore, ce mouvement de simplification des épreuves écrites apparaît de plus en plus général dans l’enseignement supérieur français.

 

On peut donc nuancer le propos : si simplification il y a, ce n’est pas nécessairement le seul fait du numérique, mais d’une volonté croissante des différents acteurs de rendre leurs concours plus accessibles, plus simples, plus standardisés. Saluons donc à l’occasion de cette réforme la volonté du concours PASSERELLE de maintenir des épreuves écrites, et donnons crédit à la start-up TestWe d’avoir su proposer une solution fiable s’adaptant à des épreuves d’option encore nombreuses.

 

Antoine LAMY