L’édito du 21 octobre 2026 : Le jour d’après - IPESUP

L’édito du 21 octobre 2026

Le jour d’après

Au lendemain d’une mobilisation lycéenne qui a plongé le pays dans le désarroi, une conviction demeure : c’est par l’exigence éducative et la formation des esprits que se prépare l’avenir.

Par Guillaume Tonning

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À quoi venons-nous d’assister ? Le 18 octobre au matin, les journaux faisaient le compte des dégradations, des pillages, des gardes à vue… Le ministre de l’Intérieur proposait sa démission. « Il fait noir », pouvait-on lire sur une vitrine saccagée, « au pays des lumières ».

Un ouvrier pose des panneaux de bois sur les vitrines d’un immeuble ; sur l’un d’eux, une inscription à la bombe : « Il fait noir au pays des lumières ».

Comment, après plusieurs semaines de blocage des lycées, une mobilisation dont l’une des revendications principales porte sur les moyens éducatifs peut-elle conduire à un tel désordre ? Ipesup, comme le disent tous ceux qui en font malgré eux, ne fait pas de politique… Je ne me risquerai donc pas à établir ici des responsabilités ou à incriminer ceux qui les exercent. La crise que nous vivons est bien trop profonde pour que nous suivions cette pente, et l’érosion du système scolaire ne date pas de ce week-end. Chacun le constate amèrement : la France ne cesse de plonger dans les classements internationaux (Pisa, enquête TIMSS, etc.) tandis qu’augmente la proportion d’élèves qui ne maîtrisent pas les compétences élémentaires attendues à leur âge ; les enseignants vivent un déclassement qui met en péril ce qui reste de leur autorité ; le climat scolaire se dégrade partout ou presque – l’écart devient colossal entre l’exigence que maintiennent les meilleurs établissements et l’inexorable déclin vécu par les autres.

L’exhortation au courage

Devons-nous pour autant nous en tenir à ce constat fataliste ? Comme en toute crise majeure, ne sommes-nous pas plutôt appelés au courage ? Courage d’exiger pour nos enfants le maintien d’une excellence éducative ; courage d’exiger d’eux ces efforts qui sont le prix de toute réussite véritable, c’est-à-dire méritée. « Aux armes, lycéens ! », serions-nous tentés de les exhorter, si les derniers événements ne faisaient craindre qu’un tel mot d’ordre soit pris au pied de la lettre !

Page de titre de l’édition originale des Poèmes saturniens de Paul Verlaine, Paris, Alphonse Lemerre, 1866.
Paul Verlaine, Poèmes saturniens, édition originale, Alphonse Lemerre, 1866.

Dans cet appel résonne en vérité toute l’ambition de la « prépa ». Bien sûr, ici comme ailleurs, soufflent les « vents mauvais » de la Chanson d’automne. Le classement 2027 des dix meilleures classes préparatoires aux « top 3 » des grandes écoles de commerce (HEC, ESSEC, ESCP) ne fait plus apparaître qu’une seule institution publique en mathématiques approfondies, trois seulement en mathématiques appliquées. Nul ne saurait s’en réjouir.

« Et je m’en vais / Au vent mauvais / Qui m’emporte / Deçà, delà, / Pareil à la / Feuille morte »

Paul Verlaine, Chanson d’automne

La vertu de la prépa

Il n’en reste pas moins que les « prépas » demeurent ou sont plus que jamais un repère dans un monde qui en manque cruellement. Les recruteurs ne s’y tromperont pas, en recherchant chez ceux qui en sont issus des compétences devenues rares : capacité à discerner l’essentiel de l’accessoire, à hiérarchiser les informations, à travailler, en somme, vite et bien.

Cela requiert, il est vrai, d’être prêt à l’étude, quand d’autres formations promettent la facilité. Mais faut-il, à 18 ans, vouloir se ménager ? Au sortir de l’enfance, le temps n’est-il pas venu de chercher l’adversité pour s’élever en la surmontant ? La prépa est intense, exigeante, structurante : c’est là sa vertu.

Elle n’est pas pour autant malheureuse ! Une enquête réalisée par l’Observatoire de la vie étudiante place même, à rebours d’une idée reçue, les classes préparatoires sur le podium des formations les plus épanouissantes. On y apprend (c’est une joie), on s’y découvre, on y noue des relations profondes avec ses professeurs comme avec ses camarades. Les « anciens » le savent et le disent : ces deux années représentent une formidable propédeutique à la vie tout entière, et nul ne sort de sa prépa comme il y est entré.

« De façon plus studieuse encore »…

Couverture de Quand la maison brûle de Giorgio Agamben, aux éditions Payot & Rivages, illustrée d’un paysage orangé.
Giorgio Agamben, Quand la maison brûle, Payot & Rivages, 2021.

Lorsque la maison brûle, comment convient-il d’agir ? Le philosophe Giorgio Agamben nous apporte cette réponse éclairante : « il faut continuer comme toujours, à tout faire avec précision et soin, peut-être de façon plus studieuse encore – même si personne ne devait s’en rendre compte. » Continuons donc à croire en notre jeunesse, en son extraordinaire capacité d’invention, et attachons-nous, « peut-être de façon plus studieuse encore », à lui offrir un cadre dans lequel grandir, c’est-à-dire gagner en rigueur, en force, en liberté.

Ipesup se veut depuis toujours un lieu de formation des esprits. Certains parents qui nous confient aujourd’hui leurs enfants y ont eux-mêmes été jadis accompagnés. Ils connaissent comme nous l’importance de garder le cap lorsque, au pays des lumières, une part de l’avenir s’assombrit.