Concours Sciences Po: Frédéric Mion

L’avènement d’un nouveau modèle d’école

L’IEP de Paris a procédé en 2000, puis, par touches successives jusqu’en 2009, à une réforme radicale de sa scolarité, la plus importante de son histoire, qui affiche l’ambition de positionner résolument Sciences Po comme un institut moderne, où une solide culture générale est alliée à une réelle professionnalisation du cursus et à une intégration internationale marquée.

Nous ne pouvons nous substituer à l’IEP et décrire ici en détail cette réforme. Nous indiquons néanmoins ci-dessous les principaux traits qui caractérisent cette nouvelle organisation des études.

TEXTE EXTRAIT DU SITE DE L’IEP (www.sciences-po.fr)

“En vertu du décret n° 2005-1119 du 5 septembre 2005, le diplôme de Sciences Po confère le grade de master à ses titulaires et est reconnu comme tel par les recruteurs français et étrangers. C’est aussi le niveau auquel nous avons construit nos doubles diplômes avec plusieurs universités ou écoles prestigieuses, en France (HEC) ou à l’étranger (London School of Economics, LSE), Columbia School of International and Public Affairs (SIPA)… Sciences Po a également adopté et mis en œuvre une architecture des études conforme aux normes de l’espace européen de l’enseignement supérieur (ECTS).

Depuis ces réformes, le nombre de candidatures à l’entrée du collège universitaire et du master n’a cessé de croître et nous accueillons désormais 46 % d’élèves internationaux.

Le collège universitaire se déploie sur trois ans, avec une troisième année obligatoirement passée à l’étranger et d’un Master de deux ans dont un semestre hors les murs.

Le Master de Sciences Po propose une trentaine de mentions qui correspondent chacune à des orientations professionnelles pour lesquelles nos diplômés sont particulièrement bien préparés.

L’Ecole doctorale propose cinq programmes doctoraux correspondant chacun à une discipline : le droit, l’économie, l’histoire, la science politique et la sociologie. A ces programmes s’ajoute un parcours doctoral dénommé Discipline Plus destiné à ceux qui optent pour l’économie, la science politique ou l’histoire. Le premier de ces parcours appelés à se multiplier est celui de relations internationales.

 

UNE PERSPECTIVE INTERNATIONALE :

Sciences Po se place résolument dans le champ de la compétition internationale. La politique internationale de Sciences Po se traduit par un réseau mondial de plus de 470 universités partenaires, environ 6 000 étudiants internationaux venus de 150 pays différents – sur 13 000 au total – pleinement intégrés dans les cursus et la vie étudiante , un corps enseignant composé à 20 % de personnalités étrangères ; des enseignements privilégiant une perspective comparatiste, l’apprentissage obligatoire de deux langues étrangères (25 langues enseignées), des enseignements dispensés en langues étrangères.

L’intégration internationale de Sciences Po a été approfondie par la création de six campus délocalisés multiculturels et plurilingues :

  • le campus de Dijon
  • le campus de Nancy
  • le campus de Poitiers
  • le campus de Menton
  • le campus du Havre
  • le campus de Reims

Tous les étudiants rejoignent le campus de Paris pour le Master. »

Que faut-il penser de cette évolution ?

A PRIORI QUE DU BIEN.

Le diplôme désormais délivré à Bac+5 pour tous clarifie le positionnement de l’IEP tant sur la scène internationale que sur le marché du travail hexagonal et correspond, comme c’est le cas pour les grandes écoles scientifiques ou commerciales, au niveau M (Master) du système européen L-M-D. L’accent mis sur les langues et, de manière plus globale, sur l’intégration internationale, va évidemment dans le sens de l’évolution de toutes les formations supérieures en Europe. La souplesse introduite dans le 2ème cycle, ainsi que la possibilité nette d’acquérir une spécialisation professionnalisante, ne peuvent que renforcer l’attrait que l’IEP exerce depuis de nombreuses années, tant auprès des jeunes bacheliers que des diplômés du 1er cycle universitaire et, bien entendu, des employeurs.

Cette entreprise de rénovation de l’organisation des études et des programmes de Sciences Po, symboliquement amorcée en l’an 2000, s’est encore enrichie et complétée au fil des années, et fait aujourd’hui de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris, perçu naguère comme une formation généraliste peu opérationnelle, un nouveau modèle à part entière, à la fois Grande Ecole et Université sélective, moderne et résolument tourné vers l’avenir.

2021 : un nouvel examen d’entrée en première année

Avec son entrée dans Parcoursup, dans le sillage du nouveau Bac 2021, l’IEP de Paris réforme une nouvelle fois sa procédure d’admission. Une réforme majeure, puisqu’elle bouleverse le calendrier et modifie très sérieusement les modalités des épreuves.

Elle repose sur deux idées-maîtresses :

  les trois voies d’admission actuelles laisseront place à une seule procédure

  la procédure de sélection sera divisée en quatre critères d’admission, ainsi détaillés :

La nouvelle réforme, rendue publique le 25 juin 2019, mérite toutefois d’être soigneusement analysée.

La modification de la procédure d’admission à Sciences Po a-t-elle supprimé le concours ?

Si les épreuves écrites sur programme disparaissent, le concours d’entrée n’est pas pour autant supprimé. Une nouvelle procédure de recrutement est simplement mise en place, dont il importe de bien comprendre les enjeux et les modalités.

Pourquoi Sciences Po réforme-t-il son concours ?

L’IEP de Paris en profite d’abord pour harmoniser toutes ses procédures de recrutement : procédure par examen (le « concours » pour les bacheliers français, si l’on préfère), procédure CEP, procédure internationale.

Ces réformes vont ensuite dans le sens d’une diversification sociale et géographique des étudiants admis en son sein. Ainsi Frédéric Mion s’engage-t-il à porter le quota de boursiers de chaque nouvelle promotion à 30%, dont 15% des places de première année aux candidats de la convention CEP.

Enfin, en entrant dans Parcoursup, la voie “Sciences Po” figurera aux côtés de l’ensemble des autres parcours de l’enseignement supérieur, sélectifs ou non. Cette intégration devrait aider à lutter contre l’autocensure de certains lycéens et les inviter à pousser les portes de la rue Saint-Guillaume.

Pourquoi se préparer en amont ?

Parce qu’il est unanimement estimé que cette procédure ne mettra pas un terme à l’hyper-sélection à l’entrée de Sciences Po, bien au contraire !

D’abord, parce qu’en simplifiant sa procédure de sélection, Sciences Po cherche officiellement à « gagner en attractivité ». L’inscription via Parcoursup devrait mécaniquement entraîner 30 à 40% de candidatures supplémentaires ! C’est ce qu’anticipe la direction de la scolarité.

Ensuite, parce que l’inscription des candidats de la procédure internationale dans Parcoursup devrait attirer de très bons dossiers étrangers, tandis que la volonté de Paris de pratiquer une discrimination positive à hauteur de 30% d’une future promotion accroîtra également la pression sur les autres candidats français. A titre indicatif, une augmentation de 16% des inscriptions entre 2017 et 2018 avait automatiquement conduit à un accroissement du taux de sélection de 1,7%, en le faisant passer de 14,7 à 13%.

Enfin et surtout, parce que la nouvelle procédure de sélection ne laissera pas (ou très peu) de chances aux candidats moyens qui se seront réveillés trop tardivement au cours du lycée.

Plus qu’une évolution, une véritable révolution

A partir de la rentrée 2020, une nouvelle procédure de sélection est mise en place.

Dans les très grandes lignes, Sciences Po va désormais recruter ses étudiants un peu à l’anglo-saxonne, au vu d’un dossier pour l’admissibilité et d’un entretien oral pour l’admission.

Dans le détail, la procédure comporte toutefois quatre étapes :

  le contrôle continu au lycée sur trois ans

  la moyenne des notes aux épreuves écrites du Bac

  le profil et la motivation des élèves

  un entretien oral

Mais il faudra patienter encore un peu pour savoir le poids respectif de ces critères dans l’admission.

La prise en compte des notes depuis la 2nde

Pour entrer dans une institution aussi prestigieuse que Sciences Po Paris, les candidats devront présenter de (très) bonnes notes tout au long du lycée. La nouvelle réforme, qui prend en compte les notes de Seconde, accentue cette nécessité.

L’examen approfondi des bulletins scolaires porte une attention toute particulière :

  • aux notes de l’élève,
  • aux appréciations des professeurs,
  • au rang de l’élève dans la classe,
  • à la note la plus haute et la plus basse de la classe.

Le dossier scolaire, avant les années 2000, n’intervenait guère que pour étudier quelques cas d’élèves ayant eu des notes un peu « justes » aux épreuves écrites. Avec la réforme de 2011, qu’accentue encore celle de 2021, les bulletins sont devenus un élément central de la sélection.

Une nouvelle procédure adossée aux épreuves écrites du Bac

Une des grandes questions posées par la nouvelle réforme est celle de la disparition ou non des écrits à l’entrée de Sciences Po.

En réalité, avec ce deuxième critère d’excellence, purement académique, le choix de Paris a été le déport de son « concours » sur les épreuves écrites du Baccalauréat refondé à l’horizon 2021. Une grande partie de la réussite à l’entrée du Collège universitaire reposera encore de facto  sur un examen écrit, et même un examen national.

La corrélation entre le dossier scolaire et la réussite des épreuves écrites du Baccalauréat va se trouver aussi renforcée, la moyenne des notes aux écrits du Bac venant redoubler les bulletins versés au dossier. Elle donnera un avantage aux élèves solidement préparés. Mais il est vrai que l’IEP de Paris revendiquait déjà, avant la réforme, avoir 97% de mentions TB ou Bien au Bac en première année.

A l’examen de ces deux premiers critères d’excellence, il est incontestable que cette réforme redonnera du poids au baccalauréat et au lycée.

Le dossier pièce centrale de la candidature, la lettre pièce essentielle du dossier

Candidater à l’entrée du Collège universitaire de Sciences Po, c’est présenter un excellent dossier, alors même que des épreuves écrites séparées, indépendantes des résultats du lycée, ne seront plus là pour ouvrir le jeu et permettre aux candidats avec de moins bons dossiers de se rattraper.

Précurseur en la matière, l’IEP de Paris pratiquait déjà depuis 2013 une sélection incluant la rédaction d’une lettre de motivation, laquelle permettait de faire partager au jury ses centres d’intérêt, ses activités extrascolaires et bien entendu sa connaissance de et sa motivation pour le projet éducatif de l’Institut. Cette lettre, permettant de mieux incarner la candidature par la prise en compte de ses expériences et engagements personnels, devait conduire à « sélectionner des individualités plutôt que des copies », selon les mots de Richard Descoings.

Si les modalités du nouvel essai personnel restent à préciser, l’héritage de la lettre de motivation peut donner une idée de ce qui pourrait exister demain, à savoir la mise en avant d’atouts découlant des compétences extrascolaires :

  • implication dans la vie lycéenne (délégué, CVL, cours de soutien, …)
  • vie associative,
  • activité artistique ou sportive
  • engagement militant ou humanitaire (maraudes, bénévolat, …).

Il n’est toutefois pas simple d’écrire une bonne lettre. La rédaction d’une telle profession de foi s’étale souvent sur plusieurs semaines… L’exercice est évidemment délicat parce qu’il est encore relativement inhabituel à cet âge.

Le maintien d’un entretien oral pour tous les admissibles

On l’a vu, le dossier, notamment au travers des activités extra-académiques et de la lettre de motivation, est déjà un premier élément d’appréciation.

L’entretien viendra confirmer la pertinence de la candidature de l’élève. C’est pourquoi l’oral étendra l’analyse à sa curiosité, son ouverture d’esprit, sa capacité à prendre en compte les grands enjeux contemporains. L’ambition portée par Sciences Po, selon les mots de son Directeur, serait celle de « parvenir à distinguer les talents de demain ».

Autre idée avancée : mêler entretien de personnalité et discussion autour d’un document (d’actualité ?).

Mais il faut bien avoir à l’esprit que, du point de vue des compétences, l’oral n’est pas moins discriminant que l’écrit. Il agit différemment. Il faut savoir se mettre en scène, hiérarchiser ses idées, savoir ce dont on peut parler et ne pas parler. C’est tout l’enjeu de la maîtrise de ces compétences extra-académiques, comportementales et relationnelles ou « soft skills ».

L’oral comme l’essai personnel consacrent, en somme, la montée en puissance des soft-skills (savoir-être, faire-savoir), à côté des épreuves écrites (savoir académique).

Une évidence : comme pour toute Grande École, les exigences des épreuves de sélection sont telles qu’il paraît difficile de se présenter sans une solide préparation.