La maîtrise de la langue aux examens – édito 2
Le ministre de l’Éducation nationale l’avait annoncé le 25 août 2026 ; le Bulletin officiel du 17 septembre l’a fait. Les notes de service qui définissent les épreuves du baccalauréat et du brevet ont été réécrites pour la session 2027, et chacune précise désormais comment la maîtrise de la langue entre dans la note (voir Bulletin officiel du 17 septembre 2026).
Le principe est simple. Dans toutes les disciplines, quatre dimensions sont évaluées selon une même grille : l’orthographe, la construction des phrases, le lexique et l’organisation de la réflexion. Ainsi, au baccalauréat, dans les matières scientifiques et en sciences économiques et sociales, deux points sur vingt sont réservés à cette évaluation. Dans les autres disciplines (français, philosophie, histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques, humanités, littérature et philosophie, langues anciennes, arts) le fond et la forme sont évalués conjointement. Dans ce deuxième cas, il est précisé qu’« une copie défaillante sur l’ensemble des aspects relatifs à la maîtrise de la langue ne peut avoir la moyenne » (voir par exemple Épreuves terminales anticipées de français de la classe de première). Au brevet, la même grille s’applique : deux points dans chaque épreuve sont dédiés à la maîtrise de la langue, à l’exception du français où la langue pèse sur toute la copie. Les tableaux ci-dessous donnent le détail.
Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement
Assurément, cette nouveauté va dans le bon sens. Elle prend en compte un élément pédagogique essentiel, souvent répété par les professeurs de lettres : la langue n’est pas l’affaire du seul cours de français, elle est la condition de toute pensée exprimée, que ce soit en mathématiques, en NSI ou en HGGSP (histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques). La célèbre formule de Nicolas Boileau (« Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement ») se trouve, en quelque sorte, gravée dans le marbre du barème des examens.
Et la mesure a une vertu concrète : collégiens et lycéens savent désormais qu’ils obtiendront au minimum deux points dans chaque épreuve, même s’il s’agit de spécialités scientifiques comme la physique-chimie ou les mathématiques. Quant aux matières purement littéraires, le barème prévoit qu’une copie défaillante dans son expression écrite ne pourra pas obtenir la moyenne. On peut ainsi considérer que la bonne maîtrise de la langue se trouve valorisée au sein des épreuves du bac et qu’elle garantit des points supplémentaires à ceux qui en font bon usage, quelle que soit la discipline.
Présentée ainsi, il ne s’agit pas d’une sanction supplémentaire, mais d’une récompense accessible à tous ceux qui prendront le temps et le plaisir d’employer la langue correctement.
Repenser l’enseignement de la langue et de la littérature
Au-delà de son aspect symbolique, on peut cependant s’interroger sur l’efficacité véritable de ce changement.
En premier lieu, force est de constater que bien des réformes engagées par l’Éducation nationale disparaissent peu de temps après leur mise en œuvre : les réformes passent, les pratiques restent. Ainsi, on édicte bien souvent de nouvelles règles, sans concertation, sans explication, sans évaluation ; quelques années plus tard, on s’aperçoit qu’elles ne sont ni comprises ni appliquées, et plus souvent encore on les remplace par d’autres sans avoir mesuré leur effet. Les exemples abondent et il ne serait pas étonnant qu’à l’instar des groupes de besoins au collège, annoncés, rebaptisés puis réduits en moins de deux ans, les « points de langue » ne soient rapidement oubliés.
On peut également s’interroger sur la méthode. Pourquoi commencer par l’examen, c’est-à-dire par la fin ? Un barème ne fait progresser personne. Ce qui permettra aux élèves de mieux écrire, c’est le temps de classe consacré à lire, à écrire, à corriger et améliorer le texte qu’on a créé. Pourquoi ne pas donner plus de temps à l’enseignement des lettres si l’on considère qu’il s’agit d’une discipline fondamentale ? Et plus profondément, il est urgent de repenser la façon dont on enseigne la langue et la littérature pour offrir aux élèves davantage d’occasions de les utiliser, de les expérimenter, de les discuter et de les vivre. C’est là que tout se joue, et c’est précisément là que rien n’est dit.
Enfin, aussi central qu’il soit, ce sujet n’épuise pas les questions éducatives soulevées par la dernière enquête PISA. Rappelons qu’entre 2022 et 2025, le score des élèves français en compréhension de l’écrit a perdu dix-huit points dans l’enquête PISA (DEPP, note d’information n° 26.40, septembre 2026). Et cette évolution s’inscrit dans une tendance longue, documentée depuis des années, de fragilisation de notre système éducatif. Face à ce constat inquiétant, peut-on se contenter de modifier le barème du baccalauréat ? Comment faire l’économie d’une réflexion profonde et collective sur notre système éducatif : quels sont les savoirs fondamentaux adaptés au XXIe siècle, comment les transmettre et comment mieux former ceux qui les transmettent ?
Alors continuons, dans nos salles de classe et avec nos enfants, à donner le goût de la littérature et de la langue, invitons-les à lire, à écrire, à débattre, à participer à des concours d’éloquence, à des clubs de lecture, à des clubs d’écriture, à des ateliers de théâtre. Permettons-leur de s’approprier la langue et de libérer leur pensée. Et en parallèle, souhaitons que les questions d’éducation, fondamentales pour l’avenir de notre pays, fassent enfin l’objet d’un grand débat national.
Brice Parent – Professeur de lettres, directeur adjoint chargé du développement – Groupe Ipesup
Maîtrise de la langue aux principales épreuves écrites du baccalauréat
Maîtrise de la langue aux épreuves écrites du diplôme national du brevet
Source : BO spécial n° 4 du 17 septembre 2026, session 2027, voie générale. Mêmes principes pour les spécialités LLCA, arts, sciences de l’ingénieur et EPPCS ; le Grand oral, l’oral de français et le contrôle continu ne sont pas concernés par ces règles chiffrées.
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