Engagée dès la rentrée 2018, la réforme du lycée concerne en 1er lieu le bac général avec un concentré de mesures. Parmi les plus significatives : la suppression des séries L, ES et S au profit d’un programme incluant des choix d’enseignement à la carte, et une évolution significative dans les épreuves du bac. Décryptage.

Bac 2021 : exit les séries, place aux spécialités

Un lycée des possibles ? Au cœur des grands principes de cette réforme, une mission menée par Pierre Mathiot, professeur d’université en sciences politique, ancien directeur de l’IEP de Lille. Dans son rapport, remis au ministre de l’Education nationale en janvier 2018, il met en lumière quelques principes phares :

  • Renforcer l’articulation entre les enseignements du lycée et les candidatures dans le supérieur.
  • Permettre aux lycéens de se spécialiser progressivement en fonction de leurs projets et de leurs goûts.
  • Mieux prendre en compte les résultats au bac dans l’étude des candidatures aux filières du supérieur.

 

1re/terminale : 12 spécialités à combiner

Un des reproches récurrent fait aux bacs S, ES, L tient au choix fréquent du bac sans lien avec l’orientation future.

« Le bac S (…) est choisi par 40 % d’élèves qui disent ne pas envisager de faire d’études scientifiques et le choisissent sans doute d’abord comme une classe de niveau. » Pierre Mathiot, rapport Baccalauréat 2021.

Pierre Mathiot – © MaxPPP

Pour sortir de ce travers, la réforme du lycée articule à un tronc commun une part de choix dans les enseignements suivis d’un volume équivalent.

Bac 2021 : les répartitions horaires

En 1ere En Terminale
Tronc commun : 15h30 Tronc commun : 15h
Choix de 3 enseignements obligatoires  parmi  12 : 12h Choix de 2 enseignements obligatoires  parmi  les 3 choisis en 1re : 12h
Choix d’une option facultative : 3h Choix d’1 à 2 options facultatives : 3h à 6h

 

 « L’idée centrale est que les élèves puissent faire des choix, en changer, assumer pleinement l’envie d’approfondir fortement leurs connaissances dans une ou deux disciplines. » Pierre Mathiot, rapport Baccalauréat 2021.

Des efforts dans la durée. A cette spécialisation progressive s’ajoute l’évolution des modalités d’examen. Objectif ? Faire en sorte que les résultats au bac soient davantage pris en compte à l’entrée des filières sélectives qui étudient le dossier de l’élève. D’où un check-up complet de l’examen, avec des épreuves davantage réparties sur les différents semestres de 1re et terminale.

Le bac : 1er grade de l’enseignement sup

Depuis sa création en 1808, le bac sanctionne la fin de l’enseignement secondaire mais constitue aussi le 1er grade universitaire. Pour se recentrer sur cet évident paradoxe, le ministre entend renforcer le lien entre les cours suivis au lycée, particulièrement en terminale, et les vœux d’orientation dans le supérieur. D’où l’apparition de nouveaux enseignements (sciences politiques, droit, géopolitiques, humanités…) et une révision de l’ensemble des programmes.

« L’une des finalités de la réforme du lycée consiste (…) à mieux relier les enseignements du lycée et ceux de l’enseignement supérieur. » Conseil supérieur des programmes, novembre 2018

Quelles spécialités pour quelles filières du supérieur ?

Parallèlement, le ministère entend éviter tout lien prescriptif entre le choix de telle ou telle spécialité et le fait d’être admis ou refusé à l’entrée de certaines formations du supérieur. Pierre Mathiot appelle à «résister à une injonction utilitariste », à « dépasser les mécanismes des choix contraints et non volontaires au lycée ».  Le message est sans ambiguïté, mais pas forcément entendu sur le terrain, notamment auprès des familles.

Et les attendus ? Depuis 2017, Parcoursup, la plateforme de candidature dans le supérieur, décrit les connaissances et les savoirs faire nécessaires à l’entrée des différentes filières. Certains donnent déjà des indications futures.


Tweet de Victor Duruy © Twitter

Pour connaitre les attendus de chaque filière du supérieur, consulter l’onglet « Caractéristiques » de chaque formation sur le site Parcoursup 2019.

Les classes préparatoires toujours à part. Dans le discours du chargé de mission, les classes préparatoires scientifiques, économiques et littéraires font l’objet d’une exception. Ici les prescriptions pourront fonctionner. En voie économique (ECE), il faut « disposer d’un bon niveau de connaissances, en particulier en sciences économiques et sociales mais également en mathématiques et dans les disciplines des humanités : lettres, langues, philosophie, histoire-géographie. » En voie scientifique, les attendus insistent sur les mathématiques, physique-chimie et, le cas échéant, les sciences de l’ingénieur ou l’informatique.

Les écoles d’ingénieurs prennent les devants. Assez naturellement, certaines écoles d’ingénieurs ont décrypté les attendus très précis en vue du bac 2021. Le concours Avenir (7 écoles après le bac) donne des consignes depuis octobre : « avoir choisi au moins 2 spécialités scientifiques parmi les 3 spécialités à choisir en classe de première », avoir « impérativement » conservé ces 2 mêmes spécialités scientifiques en classe de Terminale. Avoir choisi la spécialité « mathématiques » et, idéalement, avoir suivi l’enseignement optionnel « mathématiques expertes ».

IEP et écoles de commerce restent en retrait. Là où les modalités de sélection s’appuient d’abord sur des épreuves, aucune consigne n’a pour l’heure été transmise aux futurs candidats. L’exercice est d’autant plus délicat que seuls les projets de programme du nouveau lycée sont parus. Les associations d’enseignants en sont donc à étudier les nouveaux contours des spécialités « Mathématiques », « Sciences économiques et sociales », « Humanités, littératures et philosophie » ou encore « Histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques », « Langues, littératures et cultures étrangères », toutes indiquées pour ces filières.

Tel un jeu de Tetris, les filières du supérieur seront aussi amenées à se repositionner du côté des modalités de recrutement comme des contenus pédagogiques. C’est en tout cas l’avis de Marc Renner, président de la Cdefi (conférence des directeurs des écoles françaises d’ingénieurs). Un jeu en cascade où il faudra apprendre à trouver ses marques !

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Anette Libourne –  14 janvier 2019