À 16 ans, Ari intègre l’ENS Ulm avec quatre ans d’avance : «C’est mon école de rêve»

 

Source : Article publié par Le Figaro Étudiant le 21 juillet 2026

Auteur : Romain Mercier

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Ari Afriat s’est classé treizième au concours scientifique de la rue d’Ulm. Une véritable prouesse qui le fait figurer parmi les élèves les plus jeunes à avoir réussi cet exploit.

Il est 19 heures en France lorsque nous prenons notre téléphone pour appeler Ari Afriat, 16 ans, l’un des candidats les plus jeunes de l’histoire à avoir été admis à l’École normale supérieure, 45 rue d’Ulm, dans le 5e arrondissement de Paris. La veille, il a décollé de Paris en direction de Los Angeles pour rejoindre sa famille en vacances. Au moment de notre échange, il est tout juste 10 heures outre-Atlantique. Et pourtant, la bonne humeur a déjà amplement gagné le domicile des Afriat. « Je suis en effervescence, je ne suis toujours pas redescendu depuis les résultats (le 10 juillet dernier, NDLR) », nous avoue celui qui s’est classé 13e du concours de la voie MP (mathématiques physiques) de l’une des écoles les plus prestigieuses de France. Et ce, avec quatre ans d’avance ! « C’est ma mère qui m’a annoncé la nouvelle. J’ai eu des papillons dans le ventre et depuis je suis trop content. »

 

Il obtient 19,38 à l’écrit d’informatique, 20 à l’oral

Un résultat inattendu certes, mais à la hauteur de ses ambitions. « Je visais Ulm car c’est mon école de rêve, mais je n’avais aucune idée de mon niveau à l’échelle nationale. » À la sortie des épreuves, Ari pensait même avoir raté plusieurs exercices à cause du stress. « J’ai commencé à paniquer pendant certaines épreuves en fin de semaine, ce n’était vraiment pas facile », jure le jeune homme. Néanmoins, après lecture de ses copies par ses enseignants d’Ipesup, la classe préparatoire où il a passé deux ans, l’inquiétude laisse finalement place à l’espoir. « J’ai eu 19,38 à l’écrit d’informatique et 20 à l’oral, 19 en physique » En bref, l’adolescent a délivré un véritable récital. Mais qui est Ari, ce crack hyperprécoce ?

 

L’école française des prix Nobel et des médailles Fields

Avant cela, il faut mesurer l’exploit. Fondée en 1794, l’École normale supérieure (ENS) de la rue d’Ulm forme des enseignants et des chercheurs de haut niveau. Les élèves recrutés sur concours deviennent fonctionnaires stagiaires et sont alors rémunérés par l’État. Situé dans le quartier Latin, l’établissement est notamment réputé pour avoir formé quatorze prix Nobel, parmi lesquels Jean-Paul Sartre en littérature, bien qu’il ait refusé le prix, ou plus récemment Esther Duflo en économie (2019). Dans quelques mois, à seulement 16 ans, Ari marchera donc dans les pas de ces grands esprits, sans oublier d’autres figures emblématiques de l’école comme le scientifique Louis Pasteur, l’ancien président français Georges Pompidou ou encore le mathématicien Cédric Villani. L’école compte également douze médaillés Fields parmi ses anciens élèves, une distinction considérée comme la plus prestigieuse en mathématiques.

 

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Il était trop jeune pour faire médecine

Le prodige a grandi à Paris. Dès son plus jeune âge, le futur normalien a pris de l’avance en zappant la petite section, le CE2, le CM2 et la cinquième. Une bonne chose pour lui. « Si je n’avais pas sauté de classes, je me serais probablement ennuyé et je n’aurais peut-être même pas été très bon », assurait-il lors d’une vidéo du Figaro Étudiant en février dernier. Ses parents, dans tout cela ? Ils sont coutumiers du fait, puisque la mère de famille était elle-même précoce, tout comme les deux grands frères d’Ari, qui ont suivi une scolarité à vitesse grand V avec deux et trois ans d’avance.

Inscrit dans le groupe scolaire privé sous contrat Heikhal Menahem Sinaï, situé dans le 20e arrondissement de Paris, il obtient son brevet sans difficulté et sans vraiment travailler. Trois ans plus tard, il décroche son bac avec la même aisance, à seulement 14 ans. Vient alors la prochaine étape : l’orientation post-bac et Parcoursup. Mais à cet âge-là, dans l’enseignement supérieur, quelques portes se ferment naturellement. Notamment celle que voulait franchir Ari au départ : la médecine. « En deuxième année, il y a un stage obligatoire en hôpital, mais il faut être majeur pour le faire, ce qui n’aurait pas été mon cas. »

Un changement de plan est alors inéluctable. Après plusieurs discussions avec son professeur de mathématiques, qui le prépare au Concours général des lycées en mathématiques, où sa copie a été félicitée par le jury sans pour autant obtenir de récompense, Ari s’oriente vers une classe préparatoire scientifique. « J’adorais les maths et l’informatique, et mes professeurs considéraient que j’avais le niveau. Ils m’ont donc conseillé d’aller à Ipesup », raconte le désormais normalien. À 14 ans seulement, l’adolescent prend alors la direction de la prépa privée hors contrat en filière scientifique afin de bénéficier d’un encadrement plus personnalisé.

 

Ari a enchaîné des journées de plus de dix heures de travail

Ces deux années de travail intense l’ont « transformé ». « En prépa, il ne suffit plus de suivre les cours, il faut rentrer chez soi et beaucoup travailler, ce que je n’avais pas vraiment l’habitude de faire. C’était très dur, très éprouvant », se rappelle l’adolescent. À Ipesup, Ari a enchaîné des journées de plus de dix heures de travail quotidien, en dehors des week-ends. Un acharnement qui lui a permis de se plonger pleinement dans les mathématiques et l’informatique, ses deux passions. « J’ai découvert un nouveau monde grâce à des professeurs géniaux. J’étais un peu leur poulain », confie le jeune garçon, très reconnaissant. Il souligne aussi la bienveillance des élèves à son égard. « Mes camarades m’ont super bien accepté malgré la différence d’âge. Ces deux ans se sont révélés une vraie expérience humaine. » Ses efforts ont porté leurs fruits : il a terminé major de sa classe les deux années.

Au moment de déterminer ses objectifs pour les concours, une question se pose encore : Polytechnique ou l’École normale supérieure ? Du fait que l’X est une école militaire, l’adolescent ne peut pas l’intégrer, car il faut être majeur. Puisque oui, pour rappel, Ari n’a que 16 ans. « C’est dommage de ne pas avoir pu passer le concours, mais je n’ai jamais vraiment été attiré par l’ingénierie. J’ai un profil plus théorique, donc l’ENS Ulm me correspond beaucoup plus. Et puis, c’est le top du top, rien n’est au-dessus », conclut-il.