Redonner aux lettres toute leur place
Plusieurs annonces de cette rentrée remettent à l’honneur l’expression écrite et, plus largement, la maîtrise du français. Lors de sa conférence de presse du 25 août 2026, le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, a annoncé des barèmes précisant, discipline par discipline, les attentes concernant la maîtrise de la langue au brevet et au baccalauréat. Leur diffusion était prévue dès le 10 septembre, pour permettre aux professeurs de préparer leurs élèves à ces exigences. (Onisep, compte rendu de la conférence de rentrée.)
À Sciences Po, les aménagements annoncés début septembre confirment la place centrale des épreuves anticipées. Pour l’admission en 2027, la composante chiffrée du dossier sera calculée exclusivement à partir de leurs résultats : 60 % pour l’écrit de français, 10 % pour l’oral et 30 % pour les mathématiques. « Elles représenteront, à partir de l’année prochaine, la moitié de la note d’admissibilité à Sciences-po », précise Luis Vassy. L’autre moitié reposera sur l’appréciation qualitative du parcours scolaire. Le travail accompli en première prend ainsi une importance particulière dans la poursuite des études. (Sciences Po, modalités d’admission 2027 ; Luis Vassy, cité dans Le Parisien, 7 septembre 2026, Réforme admission Sciences Po Paris 2027 : ce qui change – Ipesup).
Le langage participe de l’élaboration de notre pensée

Le professeur de lettres que je suis se réjouit de cette reconnaissance. Le langage participe à l’élaboration même de notre pensée. Chercher ses mots, c’est préciser une intuition ; construire une phrase, c’est établir des relations entre les idées ; écrire, c’est aussi découvrir ce que l’on n’avait pas encore tout à fait pensé. Maîtriser son expression ouvre des possibilités pour comprendre, créer et agir.
Cette ambition nous impose une responsabilité d’autant plus grande que les résultats de PISA mettent en évidence les difficultés persistantes de notre système éducatif. Entre 2022 et 2025, le score français en compréhension de l’écrit passe de 474 à 456 points, soit une baisse de 18 points, contre 14 points en moyenne dans l’OCDE. Ce recul touche la plupart des pays membres. Ces résultats interrogent l’efficacité de notre enseignement : on ne peut raisonnablement demander davantage aux élèves sans leur donner les moyens de progresser. (DEPP, note d’information n° 26.40, septembre 2026.)
De l’école primaire au lycée, il nous faut accepter de remettre nos pratiques en question. Invoquer les recettes d’hier ne suffira pas à répondre aux besoins des élèves d’aujourd’hui. Refonder notre enseignement de la langue et de la littérature suppose de revenir à ses raisons profondes.
Pour commencer, il semblerait logique de renforcer l’horaire d’une discipline qui a besoin de temps pour cheminer avec les élèves. Lire une œuvre, laisser mûrir une interprétation, écrire puis reprendre sa pensée exigent de s’inscrire dans la durée.
Retrouver le plaisir de lire
Il nous faut aussi retrouver le plaisir de lire. Selon l’étude du CNL de 2026, parmi les jeunes de 7 à 19 ans qui lisent pour leurs loisirs, la part de ceux qui lisent régulièrement a diminué de six points en quatre ans. Le recul dépasse la jeunesse : chez les Français de 15 ans et plus, le temps moyen consacré à la lecture de loisir a diminué de 10 minutes par jour entre 2023 et 2025. (CNL, 2026, synthèse, p. 17 ; CNL, 2025, synthèse, p. 23.) Ces enquêtes dessinent une même tendance : la lecture perd du terrain dans le temps libre, bien au-delà de l’adolescence. Faire découvrir les œuvres, redonner à la lecture du temps et de la continuité, en faire éprouver le plaisir doivent donc être des priorités de notre enseignement.

« Je ne cherche aux livres qu’à m’y donner du plaisir par un honnête amusement », écrit Montaigne dans les Essais (Essais, II, 10, « Des livres », orthographe modernisée). Il revendique le bonheur d’une lecture librement choisie ; lorsqu’il étudie, c’est pour mieux se connaître et apprendre à vivre.
Cette liberté de lecteur devrait inspirer notre enseignement. Donnons aux professeurs le temps de faire vivre les œuvres en classe : accueillir une réaction, discuter un désaccord, explorer une question qui rejoint l’expérience des élèves. À force de disséquer les textes, nous risquons de perdre de vue ce qui donne envie de les lire.
L’analyse devient féconde lorsqu’elle prolonge cette rencontre et permet de comprendre ce qui nous touche, nous surprend ou nous trouble.
Pourquoi lire ?
Pourquoi lire de la fiction aujourd’hui ? Pour découvrir d’autres existences, éprouver des émotions inconnues, se reconnaître dans une voix pourtant lointaine. Pour interroger le monde, l’enchanter parfois, et partager avec d’autres ce que l’on y découvre. L’étude d’une figure de style prend tout son sens lorsqu’elle aide à comprendre comment un texte rend cette expérience possible. Réconcilier les élèves avec la lecture et l’écriture demande de leur en faire éprouver la puissance.
Ces premières pistes ne suffisent pas. L’essentiel reste à construire par le dialogue, l’expérimentation et une évaluation honnête de la pertinence des pédagogies mises en œuvre.
L’ambition affichée mérite amplement cet effort : donner à chacun les moyens de faire entendre sa voix et de penser pour devenir libre.
Brice Parent • Groupe Ipesup • Directeur adjoint, chargé du développement
Au Lycée Ipesup, nous avons la chance de pouvoir renforcer l’enseignement du français en seconde et en première, avec un accompagnement en tout petits groupes. Ce cadre permet de consacrer davantage d’attention aux difficultés de chacun : comprendre un texte, organiser ses idées, trouver une formulation précise, gagner en aisance à l’oral. Il donne aussi une place au dialogue avec le professeur, pour que l’élève puisse poser ses questions et comprendre comment progresser. Notre ambition est de conjuguer une préparation exigeante aux épreuves du baccalauréat avec ce qui donne à cet enseignement sa portée : le goût des œuvres, la confiance dans sa propre parole et l’autonomie de la pensée.
Les stages de français proposés pendant les vacances scolaires sont ouverts à tous les lycéens, qu’ils soient scolarisés à Ipesup ou dans un autre établissement, et peuvent être suivis en présentiel ou à distance. Ils offrent un temps complémentaire pour approfondir ce travail : étude des textes, reprise des méthodes du commentaire et entraînement en conditions d’examen donnent des objectifs précis aux révisions. Autant d’occasions de faire le lien entre une exigence et les moyens concrets d’y répondre.
Les réflexions engagées ici trouveront un prolongement dans de prochains articles consacrés à la place des lettres dans l’enseignement secondaire et, plus largement, au fonctionnement de notre système éducatif, afin de contribuer modestement à ce débat fondamental.
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