Pourquoi faire une prépa ? Épisode 2. Tout savoir sur la Prépa HEC

Rituel de passage

La prépa permet chaque année à certains étudiants d’accéder aux Grandes Écoles (de Commerce et d’Ingénieur notamment) à l’issue d’une préparation rigoureuse et minutieuse d’épreuves écrites et orales. Cette orientation est ouverte à tous les lycéens, pourvu qu’ils soient studieux, et ne doit pas être confondue avec une voie élitiste fermée. Au contraire, la prépa aspire à mettre sur un pied d’égalité tous les élèves en les confrontant à l’épreuve impartiale du concours. Rite de passage vers la maturité intellectuelle, la prépa laisse une trace indélébile à chacun des étudiants passés parmi ses rangs.

Cette expérience révèle indubitablement vos qualités mais permet aussi de se révéler : rigueur d’esprit, méthode, discipline de vie et implication sont primordiales ; des qualités prisées aussi bien par les meilleures universités ou Grandes Ecoles que par les recruteurs futurs. Loin de constituer un moment aisé de la vie estudiantine, la prépa est pourtant une période de justice et de justesse : son dénouement – le concours – reste le procédé ultime témoignant du fruit d’un travail constant et d’une motivation sans faille, ainsi que de la capacité à articuler l’ensemble des enseignements reçus au cours de ces deux années cruciales.

 

L’ascèse

Les classes préparatoires initient une introspection et l’établissement d’un nouveau mode d’organisation. Il s’agit pour l’étudiant de rechercher un équilibre physique et psychologique, garant d’une plus grande capacité d’absorption intellectuelle ainsi que de réflexion : celui-ci repose notamment sur une bonne coordination entre les cours magistraux, le travail personnel, ainsi qu’un temps minimal de loisirs utiles (sport, lecture, activités artistiques et culturelles…).

Virgile Ferrer, ancien préparationnaire, livre dans un récent entretien des conseils indispensables à la réussite en classe préparatoire : « apprenez à connaître votre fonctionnement (capacités de concentration, type de mémoire, moyens de décompression…) afin de personnaliser vos méthodes de travail et de savoir quand il est judicieux de s’arrêter. Aussi, plutôt que d’ingurgiter les références par milliers en étant convaincu que ça impressionnera le correcteur, cherchez à prendre du recul sur le sujet et réfléchissez. »

Cette réorganisation représente dès lors un passage brutal vers une ascèse de vie rigoureuse au sortir des années lycée moins exigeantes, même au sein des établissements les plus prestigieux.

L’étudiant apprend ici à déployer des capacités de résilience durables qui seront capitales jusque dans sa vie professionnelle. Un (ancien) préparationnaire se distinguera par une organisation parfaite, une priorisation rationnelle des tâches et des objectifs, et enfin une grande persévérance même dans l’exécution de tâches laborieuses. Certains d’entre eux vous diront qu’après avoir bravé le stress d’une khôlle de mathématiques, le froid des concours blancs de novembre, des notes résumées à des chiffres plutôt que des nombres, ils peuvent tout affronter car ils sont passés par là.

 

Le champ des possibles

À la résilience psychologique et physique vient s’ajouter un bagage intellectuel diversifié et unique. Les classes préparatoires visent à créer des têtes bien faites et bien pleines d’arguments et d’idées, que le préparationnaire se devra d’articuler de manière libre et cohérente afin de convaincre son correcteur. Tout étudiant doit appréhender et assimiler son environnement économique, géopolitique et culturel : le contenu magistral de la prépa offre aux élèves les clefs pour penser la conjoncture actuelle, héritage d’un corpus théorique et d’événements passés. Cette étape est une acmé intellectuelle dont la subtilité n’est souvent saisie qu’après coup, une fois le concours passé. Enfin, et comme le confirme Alain Joyeux dans son article Pourquoi faire une classe préparatoire économique et commerciale ?, cette gageure procure aux étudiants une vélocité décisionnelle et une aptitude d’analyse structurée et argumentée, très prisées par les entreprises.

 

Se préparer à la prépa

Ainsi tout lycéen se destinant à l’intégration d’une classe préparatoire se doit de préparer ce passage vers cette branche si particulière du supérieur. Cela passe tout d’abord par la constitution d’un excellent dossier scolaire dès la Première – voire la Seconde. Le candidat devra également se consacrer à une assimilation du programme de lycée animée non seulement par la volonté d’obtenir de bonnes notes mais surtout par l’intention de n’accumuler aucune lacune en vue de cette orientation sélective.

Nous nous attacherons donc, au cours de cette série en trois temps, à revoir les principales voies s’offrant aux étudiants et à comprendre – dans la mesure des informations dont nous disposons – quelle serait la meilleure stratégie à adopter dans la sélection des enseignements de spécialité tant pour maximiser l’attrait du dossier que pour la constitution d’un profil adéquat à chaque filière. Commençons par la prépa HEC.

 

Travailler et se préparer à la prépa HEC

 

Les classes préparatoires aux Grandes Écoles de Commerce

Les classes préparatoires aux Grandes Écoles de Commerce, plus communément qualifiées de Prépa HEC proposent une formation moins scientifique bien que nécessitant un niveau très élevé en Mathématiques.

 

Le paysage avant la réforme : l’ECS, l’ECE et l’ECT

Bien que l’ensemble des élèves concourent tous sur le même classement pour accéder aux Grandes Écoles de Commerce (HEC, ESSEC, ESCP, EM Lyon etc.), ils ne sont bien entendu pas soumis aux mêmes épreuves selon leur voie (ECS, ECE ou ECT). Les deux principales voies d’accès consistent dans la filière Économique (ECE) et Scientifique (ECS) correspondant à des profils attendus et des coefficients d’épreuves différents. Rappelons également qu’il n’existe aucun quota et que les étudiants présentant une seconde fois le concours ne sont pas pénalisés.

Les ECS, issus du Baccalauréat S, drainent en moyenne 50% à 55% des candidats inscrits, 45% à 50% des intégrés tandis que les ECE titulaires d’un Baccalauréat ES représentent 40% des candidats inscrits et intégrés. Il n’y a donc aucune stratégie fondée sur un éventuel favoritisme à adopter. La filière Technologique (ECT) est quant à elle plus marginale et concentre moins d’1% des admis dans les écoles parisiennes (TOP 3). Les étudiants issus de la voie littéraire (AL et BL) ont également la possibilité de se présenter au concours sans suivre de programme dédié notamment grâce à des épreuves spécifiques proposées par l’ensemble des écoles de commerce.

L’étudiant se doit donc d’être conscient dès le choix de son baccalauréat de ses forces et lacunes afin de s’orienter vers la filière correspondant le mieux à son profil. Les élèves d’ECE sont censés être plus polyvalents que les élèves d’ECS dans la mesure où leurs coefficients à l’écrit sont répartis de manière relativement égale (8 en Mathématiques, 7 en Economie, 6 en Culture Générale) bien que l’Économie soit prépondérante à l’oral, notamment d’HEC.

Les étudiants en filière économique n’ont donc pas le droit à l’erreur s’ils souhaitent intégrer une parisienne : une note en dessous de la moyenne en Mathématiques ou en Culture Générale est par exemple difficilement rattrapable, même si l’étudiant excelle en Économie. Néanmoins, une performance équilibrée dans l’ensemble des matières sera immédiatement récompensée : l’étudiant peut ainsi se permettre de ne pas avoir de matière forte, pourvu qu’il prépare sérieusement l’ensemble des matières.

Les étudiants issus de la filière ECS doivent au contraire démontrer un niveau élevé en Mathématiques qui peut leur faire gagner des points relativement plus rapidement que les ECE. Les coefficients à l’écrit montrent cette prépondérance des Mathématiques (11 en Mathématiques, 13 pour les matières littéraires). Ainsi, une excellente note en Mathématiques peut compenser quelques lacunes dans les matières plus littéraires, néanmoins il n’en demeure pas moins que les étudiants capables de faire la différence sur ces matières-ci devanceront leurs concurrents, le niveau en Mathématiques étant globalement élevé.

 

Volume horaire prépa HEC

Enfin, à l’issue de ces deux années de préparation les candidats se présentent au concours écrit, une épreuve de longue haleine, s’étendant sur deux à trois semaines et qui requiert une importante ténacité physique et psychologique.

Au préalable, les étudiants ont la possibilité de s’inscrire à une ou deux banques d’épreuves payantes : la BCE (Banque Commune d’Epreuves) et/ou Ecricome. La première est gérée par la DAC (Direction des Admissions et Concours) et rassemble les trois « Parisiennes » (HEC, ESSEC et ESCP BS) ainsi que l’EM Lyon BS (Business School), l’EDHEC, l’ESC Dijon-Bourgogne ou BSB (Burgundy School of Business), Grenoble EM (Ecole de Management), Brest BS, La Rochelle BS, l’ESC Clermont, l’ICN Business School, l’EM Normandie, Montpellier BS, AUDENCIA BS (Nantes), l’ESC Pau, Toulouse BS, South Champagne BS, l’INSEEC, l’ISC Paris, l’ISG, SKEMA et IMT BS (Institut Mines-Télécom). Ecricome regroupe pour sa part KEDGE Business School (ESC de Bordeaux et Marseille), Rennes School of Business, l’EM Strasbourg BS et Néoma Business School (ESC de Reims et Rouen).

HEC, l’ESSEC, l’ESCP BS, l’EDHEC et l’EM Lyon conçoivent à elles seules l’ensemble des épreuves de la BCE parmi lesquelles choisissent les autres écoles. Les écoles conceptrices sont d’ailleurs aussi en charge de la correction de ces épreuves, les autres établissements venant donc seulement calculer les points de chaque étudiant sur la base de leurs notes. La difficulté du concours réside par ailleurs dans le fait qu’après le premier barrage de l’admissibilité, l’oral constitue un second couperet où l’échec ne peut être compensé que par un classement exceptionnel à l’écrit. Il est d’ailleurs à noter que l’oral comporte 36 coefficients contre 30 à l’écrit et pèse ainsi donc plus dans la balance. C’est pour cela, qu’en sus d’aptitudes intellectuelles réelles, l’étudiant doit également faire preuve de grandes facultés humaines ainsi que de motivation afin de réussir ses oraux.

 

Tableau des coefficients des épreuves orales d'HEC

 

L’impact de la réforme

La réforme du BAC, en sus d’entériner la disparition des filières, vient modifier l’organisation des classes préparatoires aux Grandes Écoles de Commerce. Les voies d’admission se séparaient auparavant entre l’ECS et l’ECE (l’ECT étant marginale). Notons qu’il persistait néanmoins quelques souplesses dans le système permettant aux étudiants titulaires d’un BAC S de se voir réorientés vers la filière ECE, notamment s’ils redoutaient une exigence trop élevée en Mathématiques (uniquement possible dans les prépas hors contrat). Cela peut être interprété comme un symptôme de l’ancienne prépondérance des Mathématiques et surtout du caractère élitiste du BAC S : les élèves particulièrement doués en sciences sociales, s’orientaient, malgré une affinité moindre pour les Mathématiques et/ ou la Physique, vers la voie S.

La réorganisation des Prépas HEC (de même que celle du Lycée a fortiori) devrait désormais mettre un terme à cette possibilité. Les élèves, en vue du concours 2023 (donc admis en bizuth en Septembre 2021), pourront combiner un certain niveau de Mathématiques avec la majeure de leur choix. Le niveau « Mathématiques Approfondies » (correspondant au programme ECS) ou « Mathématiques Appliquées » (correspondant au programme ECE) pourra être associé à l’ESH (Économie, Sociologie et Histoire du monde contemporain) ou l’HGG (Histoire, Géographie et Géopolitique du monde contemporain). Les étudiants devraient donc disposer d’une plus grande « liberté » dans leur orientation même s’il n’est pas pour le moment garanti que les prépas ne privilégient pas les filières traditionnelles, du moins lors des premières années d’application de la réforme. Alain Joyeux rappelle néanmoins que « Les grandes écoles veulent des profils diversifiés » tout en ajoutant qu’il s’agit « d’en faire des généralistes avec un haut niveau de maths ».

L’enseignement de spécialité Mathématiques sera donc a priori inévitable, peu importe le « niveau » choisi en Prépa HEC. Il serait également recommandé de poursuivre jusqu’en Terminale l’enseignement de spécialité correspondant à la majeure souhaitée en prépa, soit Histoire, Géographie, Géopolitique et Sciences Politiques (HGGSP) ou Sciences économiques et sociales (SES). Cela permettrait aux étudiants de consolider un socle de connaissances basiques afin de pouvoir aborder plus aisément l’entrée en classes préparatoires. Une des limitations de la réforme du baccalauréat pourrait résider ici : avec seulement deux enseignements de spécialité en Terminale et les Mathématiques demeurant essentielles, les étudiants seront tentés d’opter pour SES ou HGGSP et de facto délaisser les Humanités alors que la Culture Générale tient un rôle de premier plan en Prépa HEC et que la Philosophie ne représente que 4 heures du tronc commun. Les étudiants devront chercher à enrichir leur profil en dehors du lycée.

Néanmoins, l’expérience montre que les élèves détenant un BAC S qui se sont orientés vers l’ECE n’ont pas souffert de leurs lacunes – finalement minimes – en sciences économiques et sociales. Il serait donc tout à fait possible de poursuivre en Terminale un enseignement de spécialité au choix, en sus des mathématiques dans la mesure où les professeurs de prépa ont l’habitude de rattraper les lacunes des lycéens pourvu que ces derniers fournissent les efforts adéquats. Cela est d’autant plus probable que les CPGE recherchent in fine des profils intellectuels remarquables et peuvent notamment faire fi d’une orientation scientifique au Lycée.

En effet, un élève hésitant entre la filière scientifique et la Prépa HEC pourrait, par précaution, sélectionner les spécialités Mathématiques et Physique-Chimie sans se voir forcément fermer les portes de la Prépa HEC. Rappelons que les CPGE recherchent avant tout d’excellents profils capables de réussir le concours, il serait donc surprenant de refuser un étudiant « scientifique » au dossier scolaire irréprochable. Enfin, le troisième enseignement de spécialité de Première ne fait pas l’objet de directive particulière et s’avère en principe libre. Il pourrait donc être recommandé de (i) choisir cet enseignement en fonction d’une affinité personnelle afin d’y maximiser sa note, ou (ii) choisir l’enseignement Humanités, Littérature et Philosophie (HLP) afin de se préparer aux cours de Culture Générale dispensés en Prépa HEC.

Le campus HEC

Le campus HEC

Le prochain article de la Rédaction sera consacré aux classes préparatoires littéraires.

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