Réforme de l’expertise comptable : notre analyse

Le conseil national de l’ordre des experts comptables (CNOEC) a publié en mars 2024 le rapport « Profession comptable », issu des travaux de la commission chargée d’étudier l’évolution de la filière et des diplôme. Retrouvez ici une synthèse du rapport, et nos analyses sur l’évolution de la filière.

 

L’expertise, une filière dynamique souffrant encore d’un manque de diplômés

Le rapport dresse tout d’abord le constat que l’expertise comptable est une filière dynamique en termes d’emplois. Les recrutements en cabinet progressent en moyenne de 6 % par an depuis 10 ans. La filière a accueilli 50.000 salariés supplémentaires en 25 ans, pour atteindre 170.000 emplois.

Le nombres de diplômés de la filière augmente aussi, mais pas dans les mêmes proportions. En 5 ans, le nombre de diplômés du DCG (Diplôme Supérieur de Comptabilité et de Gestion, bac+3) augmente de 11%, le nombre de diplômés du DSCG (Diplôme Supérieur de Comptabilité et de Gestion, bac+5) de 20% et le nombre de diplômés du DEC (Diplôme d’Expertise Comptable, bac+8) de 26%.

La filière souffre ainsi encore d’un déficit de diplômés, en particulier au niveau intermédiaire (DCG). 2/3 des cabinet rencontrent des difficultés à recruter.

Plusieurs éléments l’expliquent :

  • La filière d’expertise comptable souffre d’un manque de notoriété, voire de reconnaissance après le baccalauréat ;
  • Les parcours audit/expertise des Grandes Écoles de commerce attirent moins de diplômés qu’auparavant.

 

Trois risques pour la filière : réforme du RNCP, directive CSRD et accès facilité au CAFCAC

Au-delà des « marronniers » quasi schumpétériens de l’intelligence artificielle (qui serait amenée à évincer l’expert-comptable ou à vider les cabinets de leurs salariés, une conjecture largement débattue) et de la facturation électronique (même constat et mêmes débats), trois risques sont identifiés pour l’avenir de la profession.

Une réforme du répertoire national des compétences professionnelles (RNCP) conditionne l’admission d’une formation au RNCP, et donc son possible financement par le compte personnel de formation (CPF), à sa structuration en blocs de compétences. Or, si le DSCG est bien ainsi structuré, ce n’est pas encore le cas du DCG. Un travail devra être effectué en ce sens, faute de quoi de nombreux salariés ne pourront plus faire financer leur cycle de montée en compétences.

La directive européenne « Corporate Sustainability Reporting Directive » (CSRD) fixe depuis le 1er janvier 2024 de nouvelles normes et obligation extra-financier pour les PME et les grands groupes. Les experts comptables et les commissaires aux comptes (CAC) devront être davantage formés à ces enjeux. Le cycle de formation au DCG et au DSCG doit être adapté en conséquence.

Enfin, la mise en place par la Commission Nationale des Commissaires aux Comptes (CNCC), d’une nouvelle voie d’accès à la certification d’aptitude aux fonctions de commissaire (CAFCAC) sans être titulaire du Diplôme d’Expertise Comptable (DEC), fait peser un risque sur l’attractivité du diplôme. L’école française de formation à l’audit (EA) ouvre notamment un Master en Administration des Entreprises (MAE) qui permettra de rejoindre le cursus CAFCAC à l’issue d’un stage de 3 ans.

 

Un DCG jugé satisfaisant dans l’ensemble. Deux enjeux : RNCP & ajustements des programmes pour améliorer le continuum DCG-DSCG

Le DCG (diplôme supérieur de comptabilité et de gestion) est dans l’ensemble jugé satisfaisant. Il répond aux besoins des cabinets pour 89% des experts comptables intéressés. Avec 5000 à 9500 inscrits aux épreuves (selon les UE) en 2023 et quelque 4000 lauréats en 2023, il attire de nombreux candidats. Les taux de réussite sont adaptés (35 à 52 % selon les UE), et les épreuves sont unanimement saluées pour leur pertinence.

Deux enjeux subsistent pour le diplôme.

Le grand chantier de sa construction en blocs de compétences devra être mené (afin qu’il puisse figurer au RNCP et bénéficier de financements CPF).

L’aménagement du programme du DCG, en concertation avec le Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche (MESR), permettrait d’intégrer quelques suggestions. Plusieurs pistes sont identifiées, notamment : faciliter le continuum entre DCG et DSCG ; faire converger le DCG vers un Bachelor de type ESC ; ajouter quelques cours de marketing/communication ; intégrer dans la formation des technologies de traitement mobilisant la Blockchain, l’intelligence artificielle et bien sûr la RSE pour correspondre aux exigences de la directive CRSD.

L’institution d’un contrôle continu a quant à elle été écartée (i) pour éviter tout risque d’inégalité de traitement entre les candidats, et (ii) car la possibilité de présenter l’examen en candidat libre permet de conserver au DCG (diplôme de niveau bac+2) son caractère d’ascenseur social.

 

Le DSCG, jugé excessivement technique et déconnecté des besoins des cabinets, devra être rénové en profondeur

Le DSCG (diplôme supérieur de comptabilité et de gestion) constitue la suite logique d’un parcours académique tourné vers la gestion, la comptabilité, l’audit. En particulier, il constitue le prolongement naturel d’un DCG (diplôme de comptabilité et de gestion), d’un master CCA (comptabilité, contrôle, audit) ou d’un master Grande Ecole de Commerce dans des parcours analogues. Les salariés exerçant une activité professionnelle dans le domaine de la comptabilité et de l’audit peuvent également trouver un intérêt à présenter ce diplôme. Le DSCG peut déboucher sur le DEC (diplôme d’expertise comptable).

Aujourd’hui, le DSCG demeure un diplôme scolaire, difficile et exigeant. Les UE 1 et 4, que nous préparons à IPESUP avec des professeurs experts, auteurs de manuels et/ou membres du jury, sont les plus techniques. Au niveau national, les taux de succès à ces deux UE oscillent entre 25 et 30 % (IPESUP : 65 à 75 %).

Les critiques formulées au DSCG constituent le pendant de la technicité reconnue à ses lauréats. Car s’il est vrai qu’un diplômé du DSCG doit savoir traiter comptablement des opérations de fusion (UE4), en saisir tous les aspects juridiques et fiscaux (UE1), les fusions d’entreprise restent un cas rare dans la vie d’un cabinet comptable !

Il est ainsi reproché à l’examen de se fonder sur des connaissances livresques, éloignées des réalités du métier au quotidien. L’excessive technicité des épreuves et l’étendue du programme nécessitent beaucoup de mémorisation, ce qui, selon certains, s’effectuerait au détriment de l’analyse et de la capacité des diplômés à acquérir des soft skills.

Critique classique de l’enseignement supérieur élitiste à la française, contre laquelle, généralement, notre groupe se positionne ! Les diplômés de Polytechnique, d’HEC, les anciens élèves de Normale Sup ou de l’INSP n’ont-ils pas eux-mêmes dû acquérir de nombreuses connaissances, nécessitant beaucoup de mémorisation ? Cela les a-t-il empêché de déployer des capacités d’analyse, et de faire preuve de soft skills aux entretiens d’admission et dans leurs stages ?

Il faut ici nuancer le propos. Le DSCG est un diplôme hybride : mi-académique, mi-professionnalisant. Il n’est pas surprenant de lire que l’ordre, qui représente la profession, s’attache à ce que le diplôme soit en adéquation avec les besoins métiers. Et il faut rappeler que de nombreux cabinets financent (ou font refinancer par leurs OPCO) la formation de leurs salariés. Il est donc légitime que le diplôme corresponde bien aux besoins des cabinets comptables… et que son programme évolue en ce sens.

 

Quel positionnement pour le DSCG : diplôme généraliste ou préparant au DEC ?

Le DSCG doit-il se réformer dans le sens d’une sorte de « super-Master » généraliste, ou doit-il rester le prélude au stage préparant à l’expertise comptable ?

La commission tranche clairement dans le sens de l’expertise. Le DSCG prépare à un métier. Il doit donc rester le diplôme de la filière, dont on sait qu’elle se caractérise encore par une insuffisance de l’offre d’emploi par rapport à la demande.

 

Quel axe de réforme pour l’examen du DSCG 2024, et quel impact sur les sujets ?

Si l’inadéquation des programmes au terrain a pu être relevée, les membres de la commission s’accordent pour dire que changer l’esprit des sujets (sur lequel les étudiants se fondent pour préparer les épreuves) sera sans doute plus efficace que de changer le programme lui-même.

Cette réflexion nous semble pertinente (nous analysons évidemment les sujets tombés les années antérieures lorsque nous préparons nos étudiants à l’examen !), même si elle peut avoir des effets de bord en année un. Tous les aspirants au DSCG ne sont pas au fait des tout derniers rapports de l’ordre…

S’agissant du DSCG 2024, on peut s’attendre à ce que les concepteurs de sujets prennent en compte les recommandations du CNOEC sans attendre une quelconque réforme officielle des programmes.

Les sujets devraient être aussi techniques qu’auparavant, mais mobiliser davantage la réflexion. On s’attend à moins d’exercices, et à des études de cas plus longues. Les sujets pourraient aussi comporter davantage d’annexes. Il s’agit de valoriser les candidats ayant tout à la fois de solides compétences techniques et des capacités de réflexion avérées.

 

Quel avenir pour le stage des experts comptables mémorialistes ? Faut-il faire sauter le « verrou » du DSCG ?

Pour former davantage de futurs experts-comptables, dont on rappelle qu’ils suivent un stage pendant 3 ans tout en préparant leur mémoire de DEC, faut-il ouvrir l’accès au stage aux non diplômés du DSCG, c’est-à-dire faire sauter le verrou du DSCG ? Face aux difficultés de recrutement, ne faudrait-il pas accepter que les élèves brillants des meilleures écoles de management y accèdent sans attendre leur

Là aussi, la commission s’accorde sur une position conservatrice, de nature à protéger le DSCG. Il faut s’assurer que les experts comptables mémorialistes aient bien un niveau technique suffisant : le stage ne sera pas ouvert aux étudiants n’ayant validé aucune UE eu DSCG. Il faudra avoir validé au moins une UE pour le suivre.

La commission n’hésite pas à rappeler que les diplômés du DSCG ont un niveau technique bien plus élevé sur les matières comptables que les diplômés des Grandes Écoles de management !

Cette assertion serait presque contradictoire avec la critique précédente d’excès de technicité supposée du DSCG… mais on comprend le propos. D’ailleurs, les étudiants des parcours audit/comptabilité des écoles de management ne passent-ils pas, justement, le DSCG, pour renforcer leurs compétences et accéder à la filière ? Rien n’empêche un étudiant « brillant » de Grande Ecole de présenter le DSCG, soit qu’il passe l’examen en son entier, soit qu’il bénéficie de dispenses (SKEMA, NEOMA par exemple).

La sélection des élèves les plus brillants des Grandes Écoles ne pourrait se toute façon être déléguée aux établissements : un diplôme national, objectif et impartial fait sens.

Voici une conclusion à laquelle le groupe Ipesup adhère absolument !

 

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